Par Jacques Falquet

20 mai, 17h, Musée de la Résistance, Grenoble

J’ai rencontré Catherine Gaillard l’an dernier, à Sherbrooke, alors que j’animais la Rencontre internationale sur le récit conté. Elle avait déjà attiré mon attention avec le titre du spectacle qu’elle amenait en même temps festival, Isabelle Eberhardt, dont le sujet est un personnage mystérieux et fascinant. Je n’ai malheureusement pas pu assister à ce spectacle, mais j’ai vu son duo de contes traditionnels avec Nadine Walsh, qui m’a séduit. J’aime aussi son engagement féministe et socialiste. Donc, pas question de manquer Flora Tristan!

Le spectacle est présenté dans la cour du Musée de la Résistance, dont Grenoble a été l’un des grands foyers pendant la Deuxième guerre mondiale. Dans l’entrée du musée, un dais triangulaire recouvre une série de praticables. Au grand plaisir des organisateurs, les spectateurs se multiplient et on doit finalement doubler la quantité de chaises. Cela inquiète un peu Catherine Gaillard, car la sonorisation ne semblait pas nécessaire au départ et qu’une volée d’oiseaux chante bruyamment dans l’arbre qui ombrage la cour, avec accompagnement de coups de marteaux et symphonie de mobylettes dans les rues voisines. Cela inquiète un peu le public, aussi… 

Mais dès que le récit commence, on n’entend que la conteuse et on ne voit plus que son héroïne. Catherine Gaillard présente la vie de Flora Tristan, pionnière du féminisme et de la lutte sociale en France, avec une telle conviction, une telle énergie, que nous sommes tous suspendus à ses lèvres. Et quelle vie! Une vie de combats contre la misère, contre l’injustice, contre sa famille et contre un mari qui tentera de la tuer. Ironiquement, c’est cette tentative d’assassinat qui fera de Flora Tristan une héroïne dont les syndicats ouvriers appuieront enfin les revendications. Karl Marx l’a reconnue comme l’une de ses sources d’inspiration et c’est l’une des premières féministes françaises.

Le récit biographique est toujours un pari risqué, mais Catherine Gaillard s’en tire avec brio. Elle a composé le spectacle dans un style nerveux, avec des phrases courtes qui s’enchaîne les unes aux autres comme un fleuve tumultueux, qui nous emporte vers l’apaisement final. Elle a aussi donné à ce récit très réaliste un cadre inspirés par la conviction de Flora Tristan qu’elle avait un destin messianique : un début et une fin, où Flora Tristan observe les tumultes terrestres avec compassion du haut des cieux. Une  proposition audacieuse, qui apporte le calme avant et après la tempête. 

C’est mon coup de cœur!

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