Par Jacques Falquet

19 mai 2018, Théâtre de poche, Grenoble

Je sors du spectacle d’Élodie Mora à 20h30; ça tombe pile, le nouveau spectacle de Jean-Marc Massie, Luigi Rignanese et Julien Beaudry est à 15 minutes de marche, au Théâtre de poche. Intitulé Un siècle, deux solitudes, c’est l’aboutissement de plusieurs résidences de création, dont une à Trois-Pistoles l’an dernier. La dernière résidence a permis de remanier la trame narrative et de peaufiner la partition musicale. Il faut souligner que le spectacle est le fruit d’un véritable travail à trois, où la musique occupe autant de place que le récit. 

Les trois hommes, tout de noir vêtus, occupent une scène toute noire, un micro côté cour et un micro côté jardin; au milieu et en retrait,  la batterie, l’ordinateur, les machines électroniques et les instruments de musique. J’arrive avec des appréhensions, parce que j’ai parfois du mal à suivre Jean-Marc dans ses déliriums. Je me ravise très vite : les comparses se sont donnés une structure solide, qui ressemble à la double hélice de l’ADN, chaque spirale correspondant à la partition d’un des conteurs, à laquelle on aurait ajouté un axe central qui, lui, correspond à la partition sonore. Solide, mais complexe! En effet, Luigi et Jean-Marc ne se contentent pas de raconter en parallèle leurs histoires de famille sur trois générations et deux continents (d’où le titre) : ils s’en échangent la narration par moment! J’ai eu de mal à en suivre le fil, par moments, mais c’est peut-être dû d’avantage aux dérapages inévitables d’une première qu’à la trame proprement dite.

Quoiqu’il en soit, les deux conteurs prennent la scène avec le panache qu’on leur connaît, leur amour du fantastique et de l’incongru trouvant à s’épanouir dans une version à la fois onirique et bédé-esque du récit de vie. Quand à Julien Beaudry, il travaille des rythmes en boucle, incarne des chanteurs de charme, invente des bruitages et fait des improvisations vocales avec une poésie et une finesse magnifiques.

Ouf! Grosse soirée!