Par Jacques Falquet

19 mai 2018, Grenoble

Depuis le début mai, en France, les syndicats de chemins de fer font des grèves tournantes pour protester contre les politiques du gouvernement Macron (détérioration des conditions de travail, ouverture à la concurrence, fermetures de lignes, etc.). Cela m’a obligé à annuler tous mes billets de train. J’avais des appréhensions, mais, finalement, le co-voiturage marche très bien. Je suis arrivé à Grenoble en fin d’après-midi, juste à temps pour déposer mes bagages, repérer l’adresse de la salle où Élodie Mora présente son spectacle, sauter dans le mauvais tramway, faire demi-jour, puis trouver le bon!

Nous sommes à La salle noire, plancher plat, scène de 2 pieds de haut, chaises pliantes en plastique et métal, dans une ancienne usine reconvertie en logement social et équipements culturels. Élodie Mora nous salue et nous explique un peu sa démarche de création, avant de monter sur scène sans façon. L’éclairage s’éteint dans la salle, puis se rallume sur le plateau. Elle commence. Sa présence physique est très forte, avec des jambes bondissantes et des   bras qui se déploient dans l’espace autour d’elle. Sa voix est sonore, avec une diction précise mais pas précieuse, un ton direct, naturel. Ce qu’elle nous raconte est déroutant : l’histoire d’une jeune fille timide, dont le père décide de faire une bagarreuse, parce qu’il faut se défendre dans la vie.  Pas de barbe bleue en vue, mais il y des ombres qui rôdent : un loup, une vieille… Elle devient une vraie dure, qui écrase tout sur son passage. Jusqu’à ce qu’un jour, tout bascule et que les ombres surgies de la nuit reprennent leurs droits pour lui faire rêver l’histoire fantastique d’une jeune femme contrainte d’épouser un monstre qu’elle seule peut aider à retrouver sa part de lumière. Quand elle reprend ses esprits, l’héroïne redevient maîtresse de ses peurs et de ses désirs, maîtresse de son destin. 

La première force de Barbe blues, à mes yeux, est d’avoir réussi à incarner l’actualité d’un conte merveilleux, sans déguiser ses personnages sous des habits contemporains. En donnant un cadre onirique à la légende, Élodie Mora illustre la puissance évocatrice, toujours actuelle, du merveilleux.  La seconde, c’est d’avoir adapté la légende à sa sensibilité et à son imaginaire propres, de telle sorte qu’on en reconnaît les motifs tout en étant constamment surpris par la forme inattendue qu’elle leur donne.

Ce spectacle fait partie des « spectacles en cours de création » que présente le festival.