texte et photo: Audrey Bacon

Dès que nos pieds franchissent la porte, nos sens s’éveillent. La vue, bien sûr, mais aussi l’odorat : l’odeur de la terre et de l’herbe enveloppent délicatement l’aire dans laquelle sont disposées les sculptures de Christopher Varady-Szabo. Après quelques instants, une douce musique se met à jouer. Les spectateurs se disposent en demi-lune devant la grande baie vitrée.

Alex-Ann Boucher, l’artiste qui propose la performance, entre en scène. Habillée de noir, un voile ample la couvrant tout entière, elle se dirige vers la première sculpture. Elle entre dans la maisonnette de terre et se met au clavier d’un ordinateur. Projeté sur le mur adjacent, le texte qu’elle écrit au fur et à mesure apparaît. On peut s’imaginer une conversation entre quelqu’un en recherche de colocataire et une personne intéressée par l’offre. Le dialogue se termine et les portes de la maisonnette se ferment.

De la fumée commence à sortir des portes, d’où émerge l’artiste, le haut du visage peint en noir. Elle se dirige alors vers la deuxième sculpture, empoigne le micro branché à l’ampli posé près d’elle et lit, ou plutôt crie son bail. La réverbération des sons amplifie la furie dans laquelle chaque section est gueulée. Le bail se termine et cette partie de la performance avec lui.

« All the girls. To the front. »

L’artiste invite toutes les femmes, une à une, à la rejoindre au centre de la salle. Le fil de micro passe de mains en mains et atteint la dernière femme. Guidées vers l’extérieur, elles se mettent toutes en ligne et tiennent le fil du micro. Il repose dans les mains de l’artiste, qui fait face à toutes ces femmes et scande : elles ont le droit d’habiter leur corps. Elles ont le droit d’habiter leur corps.

C’est une performance qui fait penser. Penser à l’espace.

L’espace qu’on loue, celui qu’on habite et qu’on occupe. L’espace intérieur et celui tout autour. L’espace que l’on prend et que l’on est