texte et photo: Petronella van Dijk

Ce matin, à l’école Brassard de Magog, telles de petites clochettes, une centaine d’enfants se font entendre dans le grand gymnase encore éclairé par les néons. La grosse cloche sonne, ils s’installent sur les épais tapis bleus, on éteint quelques néons pour laisser place à une petite lampe genre grand-mère, Achille s’assoit dans la chaise berçante et les petites oreilles se tendent.

L’air de rien, comme s’il était leur grand-frère préféré, il se met à leur parler du ciel et de la terre qui sont en amour et puis, en cascade, il entame la chanson des rats, l’histoire des poux et puis celle de Soukouloumé, lui qui entend une voix dans un œuf d’autruche! Toujours étonnant de voir tous ces petits corps qui arrivent à ne plus trop bouger, à ne plus parler, à ne plus gesticuler… et qui sont, comme ça, l’air de rien eux aussi, capables de répondre aux questions du conteur, de reprendre en chœur avec lui une chanson qu’ils ne connaissaient pas, et de continuer d’être attentifs à la suite… l’histoire du grand petit garçon et de mémé avec ses deux chouettes, l’histoire de la création du maïs. Et c’est pas tout… parce que, comme tout a coulé comme dans du beurre… il a entrepris de monter les 72 étages du château où vivait un roi avec son bain, ses 72 serviteurs qui avaient 72 chevaux et qui sont partis à la conquête d’un pot d’aie et d’un pot d’ouille! C’est Émeric qui a gagné! Le plus petit des plus petits. On sait bien…

Alors ce matin, à l’école Brassard de Magog, sur les tapis bleus, cent petites paires d’oreilles sont restées tendues, ont chanté avec le conteur la chanson des rats, en ont redemandé avec gourmandise malgré le grand gymnase et les néons et même si Achille les avait prévenus que «quand on est amoureux, on n’écoute pas!». Tu vois Achille, ça, heureusement, pour les contes, c’est pas vrai!