Par Marine Pouyfaucon

 

« Salut ! Je crois que je t’ai déjà vue quelque part… Tu travailles pour la Maison des Arts de la Parole, non ? » C’est la deuxième fois que quelqu’un me pose cette question. Je souris, un peu gênée. « Oui, je suis assez souvent bénévole ! »

Parce que pour moi, être bénévole pour le festival de contes de la Maison des Arts de la Parole, c’est comme un travail.

Pas un travail au sens étymologique latin (le tripalium est un instrument de torture). Non. Un travail au sens physique du terme : l’énergie que je fournis en me déplaçant à Sherbrooke, Valcourt ou encore Coaticook pour nourrir l’énergie du festival Les jours sont contés en Estrie. Et dans le plaisir !

De l’énergie, il y en a. Beaucoup. Le festival, c’est une expérience stimulante dans laquelle on entre fébrile et dont on ressort pétillant à souhait pour les mois d’hiver à venir.

Grâce à la merveilleuse équipe qui anime le plus vieux festival de contes du Québec. Marie et Sophie, mais aussi Petronella, Florence, Jehanne, Emilie, Audrey, Stéphanie… Grâce aux conteurs. Grâce à tous les fidèles, les néophytes et les curieux qui viennent écouter les histoires. Car le festival, c’est avant tout une aventure humaine à la rencontre de l’autre.

 Le festival, c’est aussi un espace propice à l’écoute de quelque chose d’aussi précieux que fragile : les histoires que l’on choisit de partager. Des histoires, il y en a partout et tout le temps pendant dix jours. Des publiques, racontées bien haut dans les salles de spectacles. Des écrites dans les chroniques, des chuchotées par le poète de chaque soirée. Des éclatantes, des scandaleuses, des échappées pendant les délicieux soupers nocturnes au Café Croquis. Des murmurées, des confidentielles, des secrètes livrées dans l’intimité de la voiture, quand on transporte les conteurs ici ou là.

 Quand j’ai atterri ici pour la première fois il y a 5 ans, j’ai décalé mon billet de retour d’un mois pour vivre ce festival. S’est alors ouverte une porte sur un univers que je ne connaissais jusque là que dans les livres. Le festival, c’est la découverte d’une partie de ma culture que je ne connaissais pas avant. J’y découvre chaque année des conteurs incroyables de la Francophonie, les québécois comme les européens.

Peu après avoir posé mes valises pour de vrai il y a 3 ans, avec un sentiment douloureux de déracinement, j’ai vu le spectacle Le vagabond céleste de Simon Gauthier. Je me suis alors promis que si l’enracinement prenait, les contes en feraient partie.

Aujourd’hui, je me sens comme une brique rouge du mur de la Maison des Arts de la Parole. Une petite, tout en haut, qu’on aperçoit à force de fréquenter le lieu. Une de celles qu’on a posées tardivement, après que les fondations aient été construites. Accueillie et soutenue par les anciens, prête à accueillir les suivants. Une brique bien ancrée, si unique et à la fois si semblable à celles qui l’entourent. Toutes réunies par la même passion pour la parole contée.