par Marine Pouyfaucon
photo Aurélien Marsan

Quand je vais au Cabaret Well-King, c’est comme si j’étais invitée à une soirée micro ouvert chez des amis. Manger avec une amie avant, préparer un bon souper, jaser, jaser, jaser, se rendre compte qu’il est 20h27, ne pas vouloir être (trop) en retard, partir vite vite vite en emportant dans une boîte une demi-saucisse, une tranche de gâteau salé vert-printanier et quelques feuilles de roquette, manquer de s’faire écraser en traversant la Well. Rater une entrée discrète car on était attendu sur la liste des invités  (gare à vous si vous utilisez l’option « J’y vais » sur le fameux réseau social simplement pour donner l’impression d’une vie remplie). Prendre place.

Stéphanie Pelletier. La Maison des arts de la parole l’a invitée ce soir, en avant-goût du festival du texte court. L’artiste me saisit par sa justesse et sa délicatesse. Des listes jouissives à n’en plus finir. Le jardin, l’amour, des envies d’irrévérence. La nature qui lui rentre à l’intérieur dans son coin du Bas-Saint-Laurent. Ces paysages qui font de sa vie un poème. La maternité sous une facette dont on n’entend presque jamais parler, avec pudeur malgré les mots crus. L’idée si présente de mourir quand on aime tellement ça, vivre.

Puis c’est parti pour le micro ouvert. Se succèdent des artistes qu’on connait et qu’on aime, d’autres qu’on ne connait pas mais que j’aime déjà, pour leur courage de livrer là, tout nus, sous le ventilo d’ArtFocus qui tente de nous rafraîchir l’atmosphère, devant la lumière clignotante du réverbère du coin Well-King, un petit bout d’eux-mêmes. Un flash info pour soutenir le journal communautaire sherbrookois, un avant-goût de voyage musical par Marianne Verville – C’est du road-trip à petit pois, nous chuchote un Frank Poule emballé et admiratif -, un chroniqueur radio haineux, un rockeur à la fois discret et imposant, « plié par le temps » qui préfère s’asseoir pour nous livrer ses riffs de guitare électrique qui me donnent envie de me lever, un philosophe. Puis c’est la fin de soirée. Comme à une soirée chez des amis, la porte est encore ouverte. Il y en a qui sont partis vite vite, d’autres qui continuent à discuter spectacles, buisson vert et nappe à pois transformée en robe, ou qui dansent un slow des années 30. Il y en a qui discutent passionnément dehors, malgré le froid qui commence à leur geler les orteils. Jean-François prend les votes pour l’artiste préféré du micro ouvert.

C’est beau, cette émulation artistique que Mathieu Proulx et Jean-François Vachon laissent s’exprimer, une fois par mois, dans le cœur sherbrookois. Des mots, de la musique, de la poésie, des tranches de vie. Ça manque quand même de lanceurs de couteaux, de danseuses New burlesque, de magiciens, de contorsionnistes. Inspirés, curieux? Rendez-vous au coin Well-King, tous les 3e jeudis du mois. D’ici le prochain, rendez-vous le 26 mai pour la suite des festivités du festival du texte court!