par Josée Courtemanche

Samedi, fin d’une journée bien ensoleillée. Il fait chaud, très chaud dans la salle. Pourtant, les deux femmes sont avenantes, l’œil coquin et le sourire épanoui. Magali Mineur et Christine Andrien nous invitent dans leurs souvenirs le temps d’une soirée.

Elles content et travaillent ensemble depuis 16 ans. La complicité et le plaisir qu’elles ont développé transpirent de la scène pour se déposer sur nos sourires à nous, le public. En plus, elles viennent de Bruxelles et leur accent est tellement charmant.

L’une après l’autre, elles viennent conter un souvenir de leurs amours de jeunesse. Des garçons en moto qui offrent de les emmener en balade, des rencontres sur le quai de la gare, des chassés-croisés dans les cours d’écoles ou les bus, la nervosité des premières danses. Tout est là, même les amours imaginaires.

Chaque histoire est contée au présent comme si nous y étions. Les phrases courtes font apparaître les images, le public suit l’histoire comme un film. Chacun fabrique sa propre représentation. Chacun repartira avec sa version de l’histoire. C’est la magie du conte, rien n’est figé, toutes les interprétations sont possibles.

Surprise! En plein milieu de leurs récits, les conteuses s’arrêtent, laissent passer un petit silence et commencent à chanter. On reconnaît l’air. On l’a déjà entendu, sans être trop certain. Oui, c’est un vieux succès. Extraordinaire comme les paroles chantées sans autre musique que la voix acquièrent du relief et du sens.

Ces chansons sont d’ailleurs à la base de la création du spectacle.« Nous partions d’une chanson de notre adolescence pour ensuite aller vers les souvenirs qu’elle évoquait », explique Magali Mineur. « Une fois les chansons choisies, nous partions chacune de notre côté et composions l’histoire ». Christine Andrien enchaîne : « des histoires puisées dans nos souvenirs. En fait, ce sont de petits récits de vie. »

Tout au long du spectacle, il y a une conteuse sur la scène. L’autre n’est pas très loin. Assise dans le public, elle réagit à l’histoire avec lui. Son tour venu, elle se lève et commence à conter en marchant vers la scène. Étonnant et rafraîchissant. « Être dans le public, c’est établir un contact avec lui. Pour nous, le conte est une occasion d’être en relation avec le public. Le quatrième mur tombe. Par exemple, on ne va pas s’empêcher de réagir sur scène à un spectateur qui s’exclame. C’est comme une conversation. », dit Christine. « Une conversation préparée! », complète Magali.

Les petits récits du spectacle composent de petits tableaux uniques mais qui se répondent. Une image évoquée par l’une des conteuses se retrouve plus tard dans le récit de l’autre. Ainsi, les deux univers se mélangent. « Quand Christine et moi avons partagé nos histoires lors de la création du spectacle, nous avons trouvé des points communs, des situations similaires. Nous avons joué là-dessus. », précise Magali.

Le public a demandé un rappel. Nous avons eu droit à une interprétation savoureuse, en duo, d’un récit de vie collecté en Belgique. Reproduisant une conversation ayant eu lien dans un train, il y a longtemps. L’histoire met en scène un homme et une femme qui se confient des secrets alors qu’ils ne se connaissent que depuis quelques minutes. À la fin, le public apprend que cet homme et cette femme se marieront et auront une fille. C’est cette fille qui a raconté l’histoire de la rencontre de ses parents à Magali et Christine.
Une soirée où le public a ri, s’est attendri, s’est ému avec les deux conteuses. Une soirée où chacun s’est trouvé bien vivant, bien vibrant. Une soirée qui donne le goût de replonger dans ses souvenirs de jeunesse et de les raconter.