Texte par Marine Pouyfaucon
Photo par Louis Astoux

16h52. Je pousse la porte du Café chez Célestine. C’est le premier 5 à 7 du festival, c’est ma première fois dans ce café. Il y fait chaud et chaleureux, j’ai les joues fraîches de mon bout de promenade au bord du Lac des Nations. Je commande ma boisson chaude préférée : un matcha latte. « Je vous le fais avec du lait de coco, parce que je trouve que c’est le meilleur ! » me dit la patronne (est-ce que c’est elle, Célestine ?).

Franck Sylvestre et Sophie Clerfayt sont déjà installé·es. Mon matcha arrive, et c’est parti, le conteur franco-québécois et la conteuse belge nous embarquent avec, dans, sur, à travers leurs histoires. On est allé un peu partout : en Belgique, en Afrique, au Brésil… Dans les favelas, au milieu d’un champ, dans un royaume d’un temps peut-être pas si lointain. Au son d’une comptine brésilienne, du rythme d’une percussion en bois, mais surtout des mots des deux artistes qui remplissent le café et nos oreilles attentives.

On a appris qu’il ne faut jamais douter de l’existence des géants, et se méfier d’eux car on ne sait jamais s’ils sont gentils ou méchants. Que si on est généreux et qu’on donne, on finit toujours par recevoir. Que la version brésilienne du Petit Chaperon Rouge devenant trafiquante de drogue à son insu finit mieux que la version classique avec la galette, le loup, le chasseur et le petit pot de beurre. Que le loup peut prendre des visages multiples. Que quand on se prend pour ce qu’on n’est pas, on finit par être pris au piège, au propre comme au figuré. Qu’un calice précieux n’est pas plus capable d’aller chercher de l’eau à la rivière qu’un sceptre royal de découper des noix de coco en deux. Que des pleurs des génies du monde entier est née une rivière, et que si tu y plonges ta canne à pêche, tu risques de prendre un poisson doré ; un poisson doré qui te demandera : « Qu’est-ce que tu fais là ? » et que surtout, surtout, tu ne dois rien répondre à ça.

Que si tu fais confiance à un boulanger qui t’envoie porter des petits sachets de sucre et de farine de première qualité, tu pourrais finir par recevoir en cadeau un bon gâteau au chocolat…

Moi, je ne lui aurai pas fait confiance au boulanger. Mais ce qui est sûr, c’est que je fais confiance aux histoires. Et elles n’ont pas fini de me surprendre…